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Amplificateur Opérationnel en Régime Linéaire

Amplificateur Opérationnel en Régime Linéaire
Amplificateur Opérationnel en Régime Linéaire

1. Présentation générale

L'amplificateur opérationnel (A.O.) est un composant intégré qui doit être alimenté par une tension continue. On distingue deux régimes de fonctionnement : le régime linéaire et le régime saturé.

Présentation générale d'un amplificateur opérationnel

1 : réglage de l’offset

2 : Entrée inverseuse (-)

3 : Entrée non inverseuse (+)

4 : Polarisation négative  -Vcc = -15 V 

5 : Réglage de la tension de décalage (offset)

6 : Sortie

7 : Polarisation positive +Vcc = 15 V

8 : Borne non connectée

Polarisation : L'A.O. nécessite une alimentation double, généralement ±15V ou ±17V.

Modèle simplifier d'un amplificateur opérationnel

La tension différentielle d'entrée est notée :

ε = v⁺ - v⁻

2. Caractéristique de transfert statique

Pour étudier la réponse de la tension de sortie s en fonction de la tension différentielle d’entrée ε, on peut utiliser le montage indiqué.

Dans ce cas, la tension différentielle s’écrit :   ε = v+ - v- = v+

Caractéristique de transfert statique de l’amplificateur opérationnel.
En visualisant en mode XY les tensions ԑ et s
Caractéristique de transfert statique de l’amplificateur opérationnel.
Caractéristique de transfert statique de l’amplificateur opérationnel.

trois zones de fonctionnement numérotées de 1 à 3 et correspondant à deux types de régime :

Régime saturé : Lorsque |ε| > εmax, la sortie est saturée à ±Vsat. (Zones 1 et 3)
La tension de saturation est notée Vsat et sa valeur est habituellement comprise entre 12,5 et 14,5 V pour une alimentation de −15 V/ + 15 V.
Régime linéaire : Lorsque |ε| < εmax, la sortie est proportionnelle à l'entrée : (Zone 2)   :    s(t) = Ad · ε

Le coefficient d'amplification en boucle ouverte Ad est très élevé, typiquement :

Ad ≈ 105

La zone de fonctionnement linéaire est très étroite :

εmax ≈  (15V / 105) = 15 × 10-5 V = 150 µV
  • très délicat de se placer dans le régime linéaire : Mais, le fonctionnement en régime linéaire n’est pas le seul fonctionnement de l’amplificateur opérationnel (L'AO peux fonctionner aussi en régime de saturation).

3. Modèle de l'A.O. idéal

Pour simplifier l'analyse, on utilise souvent le modèle idéal avec les hypothèses suivantes :

  • Courant d'entrée nul : i⁺ = i⁻ = 0 (justifiée par leur ordre de grandeur (30 pA ) pour la génération des TL081 et de l’ordre de 80 nA pour celle des 741).
  • Gain infini : Ad → ∞ (justifié aussi par sa valeur typique de 2×105 pour les TL081 et les 741).
  • Source idéale de tension en sortie, c’est-à-dire absence de résistance interne en sortie.
  • Si l’AO est en régime linéaire : Ad → +∞, la zone de fonctionnement linéaire de la caractéristique est une droite verticale, ce qui donne la tension différentielle nulle : ε = 0
Paramètre TL084 741
Courant d'entrée 30 pA 80 nA
Gain Ad 2×105 2×105
La caractéristique de transfert statique d’un amplificateur opérationnel idéal :
La caractéristique de transfert statique d’un amplificateur opérationnel idéal :
Le symbole d’un AO idéal : 
Le symbole d’un AO idéal

Différences amplificateur opérationnel idéal et réel

4. Limitations de l'A.O. réel

4.1 Saturation en tension

La tension de sortie ne peut pas dépasser ±Vsat. En régime linéaire, il faut garantir |s(t)| < Vsat.

En fonctionnement linéaire, lorsque le signal d’entrée est sinusoïdal, la tension de sortie doit l’être aussi sauf si |s| > Vsat pour certains intervalles de temps.

Saturation en tension d'un amplificateur opérationnel
Le signal sinusoïdal est écrêté comme sur la figure. pour pallier ce problème il faut diminuer l’amplitude du signal d’entrée.

Remarque : La saturation basse et la saturation haute ne sont pas symétriques. Cette dissymétrie peut s’expliquer, d’une part, par une asymétrie de l’alimentation continue — qui n’est pas exactement de +15 V et −15 V — et, d’autre part, par une dissymétrie intrinsèque de l’amplificateur opérationnel.

4.2 Saturation en courant

Un amplificateur opérationnel ne peut pas fournir un courant de sortie supérieur à sa limite is,max(20 à 30 mA en général).

Saturation en courant d'un amplificateur opérationnel
Montage pour mettre en évidence la saturation en courant.

Pour mettre en évidence ce phénomène, on règle l’amplificateur opérationnel en régime linéaire, juste en dessous de la saturation en tension. On place ensuite une résistance de charge
R_C
en sortie. Le courant fourni vaut alors

iS=VsatRC,

Si l’on diminue RC
 Lorsque ce courant dépasse la limite maximale is,max​ que l’AO peut fournir, celui-ci n’arrive plus à alimenter la charge : le signal de sortie devient écrêté.

Il s’agit alors d’une saturation en courant, car la charge exige un courant supérieur à ce que peut délivrer l’AO, et la tension observée n’est plus que celle imposée par cette limite de courant.

4.3 Réponse en fréquence

En régime linéaire avec entrée sinusoïdale, le gain dépend de la fréquence :

Ad(ω) = A0 / (1 + j(ω/ωc))
A0 est le gain en tension qui est infini si l’AO est idéal.
l’expression de la fonction de transfert montre que l’AO se comporte comme un filtre passe-bas du premier ordre.
La pulsation de coupure ωc est de l’ordre de 100 rad/s

5. Stabilité d'un montage à A.O.

Pour étudier la stabilité d’un montage à amplificateur opérationnel, on suppose que celui-ci fonctionne en régime linéaire et l’on établit l’équation différentielle reliant la tension de sortie
s
aux tensions d’entrée. Pour cela, on considère des signaux sinusoïdaux et on déduit l’équation différentielle à partir de la fonction de transfert du montage.
le montage est stable si tous les coefficients de l’équation différentielle sont de même signe. L'AO peux fonctionner ainsi en régime linéaire.
Sinon, le montage est instable et l'AO fonctionne en régime de saturation.
Règles de stabilité :
Bouclage entre l'entrée inverseuse (-) et la sortie → fonctionnement linéaire possible.
Bouclage entre l'entrée non inverseuse (+) et la sortie → saturation
S’il n’y a aucun bouclage, le fonctionnement linéaire est impossible.
S’il y a un bouclage entre l’entrée inverseuse et la sortie et aussi entre l’entrée non inverseuse et la sortie, il faut établir l’équation différentielle et étudier la stabilité du montage.

6. Montages usuels

6.1 Montage suiveur

En supposant l’AO idéal, sauf pour la dépendance du gain avec la fréquence.
On suppose les tensions sinusoïdales. On a :
\( v^{+} = E_T \)    (\( i^{+} = 0 \))  et  \( v^{-} = s \)

Montage suiveur

On a :

\[ \underline{A_d} = \frac{\underline{s}}{\underline{v}^{+} - \underline{v}^{-}} = \frac{\underline{s}}{\underline{E_T} - \underline{s}} = \frac{\underline{A_0}}{1 + j \frac{\omega}{\omega_c}} \]

soit

\[ j \frac{\omega}{\omega_c}\, \underline{s} \;+\; (1 + \underline{A_0})\, \underline{s} = \underline{A_0}\, \underline{E_T} \] \[ \frac{1}{\omega_c} \quad \text{et} \quad (1 + A_0) \quad \text{sont tous les deux positifs :} \]
le montage est stable et l’amplificateur opérationnel peut fonctionner en régime linéaire.

➤ On suppose l’AO idéal donc \( i^{+} = i^{-} = 0 \). On constate expérimentalement qu’il fonctionne en régime linéaire donc \( \varepsilon = v^{+} - v^{-} = 0 \) soit \( s = E_T \).

➤ La tension de sortie est égale à la tension à vide du générateur placé à l’entrée du montage : la sortie « suit » l’entrée → montage suiveur.


• Quelle est l’utilité de ce montage « suiveur » ?

Si l’on branche directement le générateur aux bornes de la résistance de charge \( R_C \) :

suiveur

\[ s = \frac{R_C}{R_C + Z_T} \, E_T \]

La tension dépend alors de l’impédance interne \( Z_T \) du générateur.


Pour que la tension ne dépende pas de \( Z_T \), il faudrait : \[ |Z_T| \ll R_C \] Or ce n’est pas toujours le cas.

  • Le montage suiveur permet d’obtenir une tension aux bornes de la charge indépendante de l’impédance interne du générateur utilisé.
  • Le courant débité par le générateur, égal à \( i^{+} \), est quasi nul. Le générateur réel est ainsi « transformé » en générateur parfait.

6.2 Amplificateur non inverseur

Si on suppose l’AO idéal  ⟶  \( \varepsilon = v_+ - v_- = 0 \)

Amplificateur non inverseu

Or on a \( v_+ = e \) et, par un pont diviseur de tension puisque \( i_- = 0 \),

\[ v_- = \frac{R_1}{R_1 + R_2}s = \alpha s \qquad \text{avec} \qquad \alpha = \frac{R_1}{R_1 + R_2}. \]

Donc :

\[ \alpha s = e \]

\[ \frac{s}{e} = \frac{1}{\alpha} = 1 + \frac{R_2}{R_1} \]

La tension de sortie est égale à la tension d’entrée amplifiée d’un facteur \( 1 + \frac{R_2}{R_1} \), d’où le nom de montage amplificateur.

Le coefficient d’amplification est positif : on « n’inverse pas » en sortie la tension d’entrée. On qualifie donc ce montage de montage amplificateur non inverseur.

6.3 Amplificateur inverseur

Amplificateur inverseur

On fait les hypothèses suivantes :

  • l’AO est idéal :
    • \( i^{+} = i^{-} = 0 \ \text{A} \)   (1) 
    • gain infini (2)
  • on vérifie qu’il y a un bouclage entre \( v^{-} \) et \( s \), donc un fonctionnement en régime linéaire est possible (3).

(2) + (3) ⟹ \( v^{+} = v^{-} \)

La loi des nœuds, exprimée en termes de potentiel en A, s’écrit, compte tenu de \( i^{-} = 0 \) :

\[ \frac{e - v_-}{R_1} \;=\; \frac{v_- - s}{R_2} \]

Sachant que \( v^{+} = 0 \) et \( v^{+} = v^{-} \) :

\[ \frac{s}{e} = -\,\frac{R_2}{R_1} \qquad\text{valable tant que } |s| < V_{\text{sat}} \]

Le montage porte le nom d’amplificateur inverseur : inverseur en raison du signe « − » entre \( s \) et \( e \), et amplificateur en raison du rapport \( \frac{R_2}{R_1} \).

6.4 Montage sommateur

Montage sommateur

On fait les hypothèses suivantes :

  • l’amplificateur opérationnel est idéal :
    • \( i^+ = i^- = 0 \)  (1)
    • gain infini   (2) 
  • on vérifie qu’il y a un bouclage entre \( v^- \) et \( s \), donc un fonctionnement en régime linéaire est possible (3). 

(2) + (3) ⟹ \( v^+ = v^- \)

La loi des nœuds exprimée en termes de potentiels en A s’écrit, compte tenu de \( i^- = 0 \) :

\[ \frac{e_1 - v_-}{R_1} \;+\; \frac{e_2 - v_-}{R_2} \;=\; \frac{v_- - s}{R} \]

Sachant que \( v^+ = 0 \) et \( v^+ = v^- \) :

\[ s = -R \left( \frac{e_1}{R_1} + \frac{e_2}{R_2} \right) \]

valable tant que \( |s| < V_{\text{sat}} \).

s est donc égale à la somme des tensions \( e_1 \) et \( e_2 \), pondérées par les résistances du circuit.

S’il y a plus de deux résistors connectés à l’entrée inverseuse :

\[ s = -R \sum_{j=1}^{n} \frac{e_j}{R_j} \]

6.3 Montage Dérivateur

Montage Dérivateur

On fait les hypothèses suivantes :

  • L’amplificateur opérationnel est idéal :
    • \( i^{+} = i^{-} = 0 \ \text{A} \)
    • gain infini
  • On vérifie qu’il y a un bouclage entre \( v^{-} \) et \( s \), donc un fonctionnement en régime linéaire est possible.

Des relations précédentes, on obtient :

\[ v^{+} = v^{-} \]

La loi des nœuds exprimée en termes de potentiel en A s’écrit, compte tenu de \( i^{-} = 0 \) :

\[ C\,\frac{d(e - v_-)}{dt} \;=\; \frac{v_- - s}{R} \]

Avec \( v^{+} = 0 \) et donc \( v^{-} = v^{+} \), on obtient :

\[ s = -RC\,\frac{de}{dt} \]

valable tant que \( |s| < V_{\text{sat}} \).


7. Conclusion

Points clés à retenir :

• Le régime linéaire nécessite |ε| < εmax (très faible)
• La contre-réaction négative est essentielle pour la stabilité
• Les limitations pratiques impactent les performances réelles
• Le modèle idéal est une approximation utile pour l'analyse
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